Le temps
des seigneurs

 

 

 

La maison d'Haussy portait d'or au lion de gueules cri :

"Haussy".

Le cri de guerre servait jadis de signal soit pour livrer le combat, soit pour se reconnaître dans la mêlée, comme le cri des rois de France : "Montjoie St Denis".

L'or signifie richesse, force, foi, constance et pureté.

De gueules (rouge) : cette couleur se nomme Mars dans les armoiries des princes, rubis sur celles des pairs, gueules dans toutes les autres.
La posture du lion est d'être rampant, c'est à dire dressé sur ses pattes de derrière. Le lion est employé fréquemment dans les armoiries et tient le premier rang parmi les animaux. Le lion est le symbole de la force, du courage et de la magnanimité. Il paraît rampant et de profil ne montrant qu'un oeil et une oreille.

Sa langue qui sort de sa gueule, est courbée et arrondie à l'extrémité.

Sa queue levée droite un peu en onde a le bout retourné vers le dos.

 

Parmi les maisons les plus anciennes de Hainaut auxquelles étaient alliées, selon Jean Carpentier, celles de Denain, d'Ecaillon, d'Iwuy, se trouvait la famille d'Haussy. Si l'on en croit ce même historien, cette famille d'Haussy aurait été mise en relief l'an 1060, par le courage et la fermeté de l'un de ses membres, Guillaume de Haussi, lequel s'empara de Hugues d'Oisy châtelain de Cambrai et seigneur de Crévecoeur. Guillaume de Haussi le reteint dans ses prisons à cause des persécutions continuelles que ce dernier dirigeait contre l'évêque Lietbert.

 

Cette maison de Haussi était donc de haute lignée, on voit en effet figurer le fils de Guillaume de Haussi parmi les trois cents chevaliers de l'Ostrevant, du Hainaut, du Cambrésis, Artois, Tournaisis qui prirent par au célèbre tournoi d'Anchin en 1096 (Duvivier). Chacun sait que par les lois du tournoi, il était expressément défendu d'y recevoir aucune personne qui n'eut préalablement fait preuve de l'extraction noble de ses ancêtres tant paternel que maternel.

 

Siège du château fort de HAUSSY

 

Photo non contractuelle

Philippe d'Alsace, comte de Flandre à la suite de démêlés survenus avec son beau-frère Bauduin V comte de Hainaut, se mit en mesure de lui déclarer la guerre et jura de tout exterminer en Hainaut par le fer et le feu. A cette fin , il attira dans son parti plusieurs princes et seigneurs puissants tels que Philippis archevêque de Cologne, le duc de Brabant et son fils Jacques d'Avesnes, qui avait oublié tout ce qu'il devait au comte de Hainaut et croyait même avoir à se venger de lui, puisqu'il promit au comte de Flandre de lui livrer toutes les places qu'il possédait en Hainaut.
   
De son coté, Bauduin prépara ses villes et châteaux pour une vigoureuse résistance. Les frontières du Cambrésis furent gardées par de fidèles vassaux. Otton de Trazegnies fut chargé de surveiller la terre du Quesnoy avec un gros détachement. Les gens de la campagne se retirent dans les lieux fortifiés avec leurs vivres et leurs bestiaux.

Photo non contractuelle

 

Photo non contractuelle

Une fois ces sages décisions prises, Bauduin V attendit de pied ferme l'invasion dont il était menacé, relevant le courage de ses soldats par sa gaieté et sa confiance : " Courage, beaux sires, disait il à ses chevaliers, nos ennemis seront bientôt forcés par la saison de se retirer, et ils ne pourront emporter nos terres." (Hossart t.1 p306)
Le 1er novembre 1185, le Hainaut était envahi de tous cotés à la fois (J. de Guise d'après Baldéric, Haussi 399 T XII p.40). Le comte Philippe d'Alsace qui conduisait avec lui 40 000 hommes d'infanteries, 1 000 cuirassiers et 500 chevaliers, se jeta dans cette province par le Cambrésis et vint camper à Viesly.
Le duc de Louvain et l'archevêque de Cologne que Philippe d'Alsace avait rallié à sa cause, ravageaient déjà les confins de la forêt charbonnière et s'avançaient vers Mons. De son coté, Bauduin V qui s'était avancé jusqu'au village d'Auberchicourt dans le dessin de pousser une chevauchée sur les terres de Flandres, s'était replié sur Mons.
La lutte en rase campagne devenait impossible pour le Hainaut. Le sire de Trazegnies, qui commandait au Quesnoy tenta une sortie vigoureuse et tomba sur une aile de l'armée du comte de Flandre, lui tua beaucoup de monde et lui fit un nombre considérable de prisonniers. Ce coup d'audace n'empêcha pas les flamands de continuer leur marche à travers le pays. Ils se vengèrent aussitôt laissant partout sur leur passage les marques de la plus affreuse dévastation, s'emparant des forts de Solesmes , St Python, firent le siège de fort de Haussy. Le peu d'élévation que les murs avaient alors et la faiblesse de la garnison, l'en laissèrent bientôt le maître, ils y mirent le feu et renversèrent les murailles. Mais cet incendie ne détruisit pas complètement la forteresse, on la rebâtit et on la fortifia avec plus de soin, car elle eût encore de rudes assauts à soutenir pendant les guerres qui se firent dans le Hainaut aux XIII et XIV siècles. (Hossart histoire du Hainaut)
Les Flamands continuèrent à ravager la campagne jusqu'aux portes du Quesnoy, ne laissant derrière eux que longue traînée de flammes.
Pour comble de malheurs, cette année 1185 fut signalée par des phénomènes étranges : On eut jugé que les saisons étaient en guerre, elles aussi, et voulaient changer les conditions climatiques. Les arbres à fruits fleurirent en décembre, en février les poires et les pommes étaient déjà de la grosseur d'une noix. Tout fut réellement en désarroi dans la nature, que les oiseaux trompés firent leur nid en janvier. L'hivers prit sa revanche, le froid arriva en mars et dura jusqu'en juin : IL neigea abondamment en mai à la Pentecôte. Puis, au mois de juillet, une furieuse tempête accompagnée de tonnerre, de grosses grêles et de pluies traversa le Hainaut, abattit et brisa les bleds sur les campagnes, renversa les arbres, tua les oiseaux, les lièvres, les bestiaux et les bêtes fauves dans les champs et les forêts. Les grêlons étaient de la grosseur d'un oeuf de poule. Ces phénomènes sont heureusement rares mais ils ne peuvent être révoqués en doute. (d'Oultreman, Delwarde)

Ces dévastations survenues après les désastres de la guerres méritent d'être signalées dans les chroniques comme une de ces calamités mémorables dont certaines époques semblent avoir le privilège. En cette même époque, les finances du Hainaut étaient en si triste état que, malgré les malheurs du temps, Bauduin V dut imposer à ses comtés de tailles relativement énormes. Elles furent si considérables qu'au bout de 7 mois, il avait payé presque toutes ses dettes, dont le montant s'élevait à 41 000 deniers.

 

C'était déjà un pays de ressources que le nôtre, puisqu'il lui fallût moins d'un an après les ruines et les douleurs de l'invasion, après les ravages d'un épouvantable orage, pour solder les frais de deux guerres successives.